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Design sonore : des bruits qui ont du sens 

Par François Groult - Publié le 17 December 2010
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Design sonore : des bruits qui ont du sens

Design sonore : des bruits qui ont du sens

Les sixièmes Assises de la qualité de l’environnement sonore ont cherché des solutions, cette semaine, à la gêne que constitue le bruit en France, et surtout dans les villes. L’occasion de découvrir les concepteurs de cet environnement vibrant et résonnant: les designers sonores.

Deux Français sur trois se disent gênés par le bruit. (REUTERS)

Sur un boulevard parisien. Le feu passe au rouge. Une voix désincarnée répète, à l’intention des piétons malvoyants, de ne pas traverser. Le feu passe au vert. Vrombissements des moteurs. Klaxons. On descend dans le métro. Symphonie de bips des pass navigo. Annonce sonore : « Attentifs ensemble… ». Une alerte stridente résonne, avant que la porte ne se referme sur une sonnerie de portable.

Aucun de ces bruits n’est laissé au hasard. Ils sont réfléchis et inventés par des designers sonores. La profession se réunissait, avec d’autres travailleurs du son – compositeurs, acousticiens, chercheurs -, cette semaine, aux sixièmes Assises de la qualité de l’environnement sonore.

Ambition du colloque : mieux comprendre pourquoi, alors qu’«on a des voitures et des trains qui font moins de bruit qu’avant, qu’on peut s’isoler beaucoup mieux, qu’on a des lois sur le bruit, les enquêtes montrent malgré tout que le bruit reste une préoccupation essentielle, et la première quand on parle d’environnement», explique Dominique Bidou, président du Centre d’information et de documentation sur le bruit. Cette préoccupation fait écho à la dernière étude réalisée sur le sujet pour le ministère de l’Ecologie, selon laquelle deux Français sur trois se disent gênés par le bruit à leur domicile. Bref, «on est généralement peu conscient de notre environnement sonore… sauf quand ça nous gêne», commente Xavier Collet, designer sonore et rédacteur du blog Le chant du signe.

Des bruits aux messages sonores

Cet environnement urbain parfois cacophonique, les designers sonores travaillent à le remodeler. A muter ces bruits en sons, en messages qui guident et informent les citadins sans recours au sens visuel. Autour de la grande table ronde des assises, on se pose ce genre de questions : Comment créer de nouveaux sons tout en restant discret ? Comment harmoniser ce sonal avec l’ambiance d’une gare ou d’un aéroport? Comment faire passer un message sonore dans une ville touristique et multiethnique comme Paris, qui soit accessible à toutes les langues et les cultures ?

Au delà des diverses applications du design sonore – cinéma, jeu vidéo, produits industriels, transports, etc. -, son ambition réside, selon Xavier Collet, dans «la conception d’un son fonctionnel, qui communique un message sans le langage». Exemple dans une voiture : «Les concepteurs travaillent sur les matériaux pour obtenir un type de résonance, un son mate quand on ferme sa boîte à gant… Le bruit du moteur aussi peut être soit feutré, soit sportif, selon l’image du véhicule», explique le designer sonore.

Volume élevé et dissonance délivrent, quant à eux, un message d’alerte, d’urgence. Les créateurs de la sonnerie stridente de fermeture des portes du métro l’ont bien compris. C’est aussi le cas des sons qui se répètent rapidement, comme pour le compteur Geiger (mesure de radioactivité) ou les moniteurs cardiaques dans les hôpitaux.

Que dire, enfin, des ultrasons émis par les boîtiers anti-jeunes dont un supermarché ED du XIXe arrondissement parisien se serait encore récemment muni (l’enseigne affirme qu’il s’agit d’un boîtier pour chasser les rongeurs). Même le son inaudible peut donc servir à délivrer des messages… Jusqu’au silence : jeudi, le collectif d’artiste «Les souffleurs» a ainsi instauré une «zone de chuchotement», et a réussi l’exploit de rendre les rues du centre ville d’Aubervilliers silencieuses pendant une heure. Autour du périmètre étrangement calme, de nouveaux panneaux de signalisation étaient disposés : «Chut !»

Par ANGELA BOLIS

Article paru dans Libération du 17/12/10


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